Japon, pays du soleil levant : origine et signification du nom

Mont Fuji sous immense soleil rouge
Le mont Fuji se dresse sous un soleil rouge spectaculaire. Une scène onirique aux teintes écarlates intenses.

607 apr. J.-C. Un diplomate japonais remet une lettre à l’empereur de Chine Yang di. Le texte commence ainsi : « L’Empereur du pays où naît le soleil écrit à l’Empereur du pays où il se couche. » La Chine des Sui était alors la puissance dominante de l’Asie orientale. Le Japon, dans son esprit, n’était qu’un tributaire de seconde zone. Cette lettre disait autre chose. En 2 kanjis et 14 siècles plus tard, cette déclaration s’appelle encore Nihon.

Que signifient les caractères 日本 ?

日 (ni) désigne le soleil ou le jour. 本 (hon) désigne l’origine, la racine. Ensemble, 日本 se lit « l’origine du soleil » ou « là où naît le soleil ». Aucune image poétique forgée après coup : c’est le sens littéral de deux caractères choisis avec une précision tout à fait délibérée.

La prononciation varie selon les contextes. Nihon est la forme courante dans la langue moderne, celle qu’on entend dans les conversations, les journaux télévisés et les formulaires administratifs. Nippon est une prononciation plus ancienne, plus formelle, conservée dans certains contextes officiels et dans les noms d’institutions comme Nippon Steel ou la Banque du Japon, dont le nom officiel est Nippon Ginkō. Les 2 formes s’écrivent avec les mêmes kanjis. La différence est d’accent, pas de sens.

Avant ces 2 caractères, le pays s’appelait Wa, un nom donné par les Chinois dont les historiens débattent encore la signification exacte. Peut-être « harmonie », peut-être un simple terme phonétique. L’adoption de Nihon au début du VIIIe siècle n’était donc pas une évolution naturelle du vocabulaire : c’était un changement de posture.

La lettre de 607 : une déclaration politique gravée dans le nom du pays

En 607, le prince Shōtoku envoie une mission diplomatique en Chine sous la conduite d’Ono no Imoko. La formule d’ouverture de la lettre, « hi izuru tokoro no tenshi » (« l’Empereur du pays où naît le soleil »), est consignée dans le Nihon Shoki, la première chronique d’État japonaise complétée en 720. Historiens et chercheurs s’accordent pour y voir la première occurrence écrite d’une désignation du Japon comme « pays du soleil levant ».

Ce qu’on retient moins souvent, c’est le contexte. La Chine des Sui regardait le Japon comme un petit royaume périphérique, subordonné au tribut et à la révérence. Le choix de « pays où naît le soleil » n’était pas une description géographique innocente. La Chine se trouve à l’ouest du Japon : le soleil se lève donc au-dessus du Japon et se couche au-dessus de la Chine. En baptisant son propre pays « source du soleil » et la Chine « pays où le soleil s’éteint », la cour japonaise établissait une symétrie entre 2 puissances égales. L’empereur Yang di, dit-on, n’apprécia pas particulièrement la formule.

Ce geste linguistique eut une portée durable. Le Nihon Shoki précise que le nom Nihon fut adopté officiellement au début du VIIIe siècle, sous le règne de l’impératrice Genmei. Deux kanjis. Une identité nationale construite sur un rapport de force.

Comment l’Occident a-t-il hérité du mot « Japan » ?

Marco Polo ne mit jamais les pieds au Japon. Il en entendit parler en Chine, vers 1275, sous le règne de Kubilai Khan. Dans son Devisement du monde (vers 1298), il désigne l’archipel par le nom de Cipangu, dérivé de la prononciation sino-japonaise médiévale des caractères 日本, quelque chose comme « Zipangu » ou « Cipangu » dans les dialectes du sud de la Chine. Les langues européennes ont ensuite remodelé ce terme selon leurs propres usages phonétiques : le portugais donna « Japão », l’anglais « Japan », le français « Japon ».

Le mot japonais Nihon et le mot français Japon viennent donc du même endroit, par 2 chemins radicalement différents. L’un est resté au Japon. L’autre a fait un détour par Marco Polo, les marchands portugais du XVIe siècle et les premières cartes marines européennes. Ce qui est amusant dans cette histoire, c’est que le Japon ne s’est jamais lui-même appelé « Japon ». C’est un nom que les étrangers lui ont donné, à partir d’une prononciation chinoise, d’un explorateur vénitien qui n’y était pas allé. L’archipel a toujours continué à se nommer 日本.

Le drapeau Hinomaru : un disque, une déesse, une loi

Le Hinomaru (日の丸, « cercle du soleil ») est un disque rouge sur fond blanc. Sobre à l’extrême. Reconnaissable à 200 mètres dans n’importe quel contexte. Le symbole solaire renvoie à Amaterasu, déesse du soleil dans le panthéon shinto et ancêtre mythique de la famille impériale selon la tradition japonaise. Le lien entre le nom du pays et son drapeau n’est donc pas décoratif : il est structurel.

Ce qui est moins connu, c’est que le Hinomaru n’est devenu officiellement le drapeau national du Japon qu’en 1999, par la loi sur le drapeau national et l’hymne national (国旗及び国歌に関する法律). Avant cette date, son statut légal était flou. Le drapeau flottait partout, omniprésent dans les cérémonies officielles depuis l’ère Meiji (1868-1912). Aucune base juridique formelle ne l’encadrait. Officiellement, le Japon aura attendu 1 400 ans après la lettre de Shōtoku pour légiférer sur son propre symbole solaire.

Le soleil dans la culture japonaise : au-delà du symbole national

Le soleil traverse la culture japonaise bien au-delà du drapeau ou du nom du pays. Dans le shintoïsme, Amaterasu n’est pas seulement une déesse parmi d’autres : elle est la divinité principale, dont le sanctuaire d’Ise (préfecture de Mie) reste le plus sacré du Japon. Des millions de pèlerins s’y rendent chaque année. Le sanctuaire lui-même est reconstruit à l’identique tous les 20 ans : le renouveau perpétuel de la lumière, rendu littéral par les charpentiers.

Le bouddhisme apporte une autre couche. Dainichi Nyorai, le « Grand Soleil Bouddha », est la figure centrale du bouddhisme ésotérique Shingon. Son nom, Dainichi (大日, « Grand Soleil »), fait directement écho au kanji 日 de Nihon. Les deux religions coexistent depuis le VIe siècle au Japon sans que personne n’ait jamais trouvé cela particulièrement contradictoire.

Il existe aussi le Hatsuhinode : le premier lever de soleil de l’année, regardé collectivement au 1er janvier depuis des sommets, des rivages ou des toits. Des milliers de Japonais se lèvent avant l’aube pour être présents à ce moment précis. Ce n’est pas du tourisme. C’est un rituel civil et religieux à la fois, qui rappelle, une fois par an, pourquoi le pays s’appelle comme il s’appelle.

En 607, un diplomate a choisi 2 mots pour dire que son pays existait. Quatorze siècles plus tard, ces 2 mots sont toujours là. Et le soleil, lui, n’a pas changé de direction.

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