Gunma, la préfecture japonaise à 2h de Tokyo que personne ne visite (et pourquoi c’est dommage)

Estampe japonaise montagne, pont et source chaude
Une estampe japonaise évoquant la sérénité des sources chaudes de Gunma. Entre montagnes majestueuses et vapeur ondoyante, la nature s’exprime avec poésie.

Kusatsu Onsen. Un village thermal dans les montagnes de Gunma, à 1 200 mètres d’altitude. En 2024-2025, ce village a accueilli 4 019 418 visiteurs en douze mois, chiffre record communiqué par les autorités municipales. Presque tous japonais. Les étrangers, pendant ce temps, faisaient la queue à Kyoto pour photographier les mêmes geishas que tout le monde. Gunma n’est pas une destination oubliée faute d’intérêt. Elle l’est faute de réputation. Ce n’est pas la même chose.

50 minutes depuis Tokyo, et personne n’y va

Le shinkansen Jōetsu relie Tokyo à Takasaki, la ville principale de Gunma, en 50 minutes. Moins que le trajet Paris-Orléans. De là, des lignes locales desservent Kusatsu, Minakami, Ikaho. En deux heures depuis la capitale, on peut tremper ses pieds dans une source thermale à plus de 1 000 mètres d’altitude.

Pourtant, dans l’imaginaire collectif du voyageur occidental, Gunma n’existe pas. La préfecture reçoit plusieurs centaines de milliers de nuitées hôtelières par mois, ce qui reste modeste comparé aux millions de touristes étrangers qui saturent Kyoto ou Nara. Une région accessible, peu fréquentée par les étrangers, à deux heures de l’un des aéroports les plus connectés du monde.

Gunma souffre d’un problème de marketing, pas d’un problème d’offre. Les guides de voyage japonais la plébiscitent depuis des décennies. Les agences occidentales, elles, l’ignorent systématiquement.

Kusatsu Onsen, ou le village thermal qui déborde

Le yubatake de Kusatsu, ce champ d’eau chaude en plein centre du village, est le cœur visible d’une station qui produit au total 32 000 litres d’eau thermale par minute. Kusatsu Onsen détient le débit naturel le plus élevé du Japon. Pas une piscine, pas une installation artificielle. Une explosion géologique permanente au milieu d’une rue piétonne.

Kusatsu Onsen compte une cinquantaine de ryokan. Certains pratiquent encore le jikan-yu, la baignade collective minutée dans des bains gérés par le village, gratuite, sans réservation. Un rituel que les habitants maintiennent précisément parce qu’il n’est pas encore devenu une attraction pour selfies. En pratique, on s’y retrouve entre locaux à 6h du matin dans un silence complet.

Les 4 millions de visiteurs annuels, c’est beaucoup. Mais concentrés sur les week-ends et les congés japonais. En semaine, hors saison, Kusatsu redevient un village de montagne ordinaire. Ce détail de calendrier change tout à l’expérience.

La filature de Tomioka, un patrimoine mondial que l’overtourism n’a pas touché

En juin 2014, l’UNESCO inscrit la filature de soie de Tomioka sur sa liste du patrimoine mondial. Construite en 1872 sur ordre du gouvernement Meiji, elle traduit la modernisation forcée du Japon : des machines françaises, un directeur français, Paul Brunat, et des ouvrières japonaises formées en quelques semaines à un métier entièrement nouveau.

Géographie de Gunma : localisation et accessibilité depuis Tokyo

Le site reçoit environ 370 000 visiteurs par an selon les données de l’organisme touristique de la préfecture. C’est peu. Le château de Versailles dépasse 8 millions de visites annuelles. Tomioka est un site classé UNESCO avec des files d’attente qui durent rarement plus de cinq minutes.

Les bâtiments en brique rouge de la filature sont dans un état de conservation rare pour un site industriel du XIXe siècle. On peut suivre l’intégralité du processus de production de la soie, depuis les cocons jusqu’aux bobines finales, dans des halles que le temps a à peine effleurées. La charpente montre encore la jointure entre techniques françaises et matériaux locaux japonais, poutre par poutre.

Minakami, la vallée où les Japonais viennent chercher l’adrénaline

Minakami, c’est l’autre Gunma. Pas les bains, pas les temples. La rivière Tone, le canyoning, le rafting en eaux vives, les tyroliennes au-dessus des gorges. La région est surnommée dans les magazines japonais de plein air the outdoor capital of Kanto. Les opérateurs locaux proposent des descentes en rafting d’avril à octobre, avec des niveaux de difficulté qui vont du groupe familial au sportif aguerri.

En hiver, les stations de ski de Tanigawadake et Minakami 18 attirent les Tokyoïtes qui fuient Niseko et ses prix devenus prohibitifs. L’enneigement est régulier, les remontées mécaniques fonctionnelles, les files d’attente quasi inexistantes en semaine. Une journée de ski à Minakami coûte environ deux fois moins qu’en station hokkaïdaise fréquentée par les groupes internationaux.

Ikaho Onsen et ses 365 marches, un décor de roman

Ikaho Onsen est construite à flanc de colline. Son centre est une allée de pierre en escalier, 365 marches, bordée de ryokan traditionnels, de boutiques de mizusawa udon et d’un bruit permanent d’eau qui coule. L’écrivain Tokutomi Roka y a situé son roman Nami-ko en 1898, l’un des premiers best-sellers de la littérature japonaise moderne. La ville n’a pas beaucoup changé depuis.

L’eau thermale d’Ikaho a une particularité peu commune : riche en fer, elle prend une teinte brun-rouille à l’air libre. Les Japonais l’appellent kogane-no-yu, l’eau d’or. Plusieurs ryokan proposent encore des bains extérieurs ouverts face à la montagne, dans des baignoires en bois qu’on ne trouve plus guère ailleurs.

Pourquoi y aller maintenant

Gunma : informations pratiques pour planifier sa visite
Critère Détail
Accès depuis Tokyo Shinkansen Jōetsu jusqu’à Takasaki (50 min), puis lignes locales vers Kusatsu, Ikaho, Minakami
Meilleure saison Novembre (feuillages) / Janvier-mars (ski + onsen) / Mai-juin (randonnée Oze)
Budget nuitée ryokan 8 000 à 25 000 yens par personne demi-pension selon établissement
Site UNESCO Filature de Tomioka, entrée 1 000 yens, ouverte toute l’année
Pass recommandé JR Pass ou Kanto Area Pass pour couvrir les liaisons shinkansen
Affluence faible Lundi au jeudi hors congés japonais (Golden Week, Obon, Nouvel An)

Le Japon vit depuis 2023 une crise d’overtourism documentée dans plusieurs préfectures. Kyoto a instauré des restrictions d’accès à Gion. Le Mont Fuji a posé des barrières. Les prix des hôtels de Tokyo ont augmenté de 30 à 40% selon les données du secteur hôtelier japonais. Gunma, elle, attend. Elle n’a rien à annoncer. Juste de l’eau chaude qui sort du sol à 32 000 litres par minute, une filature du XIXe siècle presque vide et des pistes de ski sans file d’attente.

Les 4 millions de visiteurs de Kusatsu finiront par faire parler Gunma. Autant ne pas attendre que les guides de voyage occidentaux s’en emparent.

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