Kako Satoshi, l’auteur japonais des Little Daruma

Artisane peignant une poupée Daruma rouge dans son atelier
Dans son atelier baigné de lumière, une artisane donne vie à une poupée Daruma. Chaque trait révèle la précision d’un savoir-faire traditionnel.

On associe le daruma à la superstition : une poupée sans yeux, un vœu griffonné au nouvel an. Peu de voyageurs savent qu’un dessinateur précis a donné un visage d’enfant à cette figure en 1967, sous les traits d’un petit garçon jaloux nommé Daruma-chan. Cet homme s’appelait Kako Satoshi (1926-2018), auteur-illustrateur japonais de la série Little Daruma, publiée en 1967 chez Fukuinkan Shoten. Ancien ingénieur chimiste diplômé de l’université de Tokyo, il a signé plus de 600 ouvrages jeunesse et reste exposé au Japon en 2026. Vous êtes venu pour la photo Instagram du daruma rouge posé sur une étagère à Kyoto. L’histoire derrière l’objet vaut le détour : voici qui l’a dessiné et pourquoi.

Qui est Kako Satoshi ?

31 mars 1926, préfecture de Fukui. Naissance d’un enfant qui deviendra, 92 ans plus tard, l’un des auteurs jeunesse les plus prolifiques du Japon. Il a 19 ans quand la guerre se termine, en 1945. 3 ans plus tard, en 1948, il obtient son diplôme de chimie appliquée à l’université de Tokyo, avant un poste de bureau dans l’industrie chimique. Kako Satoshi ne touche pas un crayon professionnellement avant la trentaine passée. Il meurt le 2 mai 2018, à 92 ans, avec plus de 600 titres à son nom selon Wikipedia. Le grand public français connaît son œuvre scientifique, publiée par l’école des loisirs ; il ignore presque tout du reste.

De l’ingénieur chimiste au conteur de Kawasaki

La bascule se joue à Kawasaki, dans la préfecture de Kanagawa. Kako Satoshi y participe à des programmes d’aide sociale pour enfants, le week-end, en marge de son emploi salarié. Il y découvre le kamishibai (le théâtre de papier ambulant, planches illustrées défilant devant un public d’enfants assis par terre). De cette pratique naît un premier album, The Dam Builders, puis des cartes de kamishibai publiées dès 1953 sous le titre My Mother. L’ingénieur garde son poste plusieurs années encore, jusqu’à ce que le personnage de Daruma-chan prenne forme, en 1967.

1967, l’année où Daruma-chan prend forme

Fukuinkan Shoten publie Darumachan to Tenguchan (« Little Daruma et Little Tengu ») en 1967. L’histoire, décrite par la notice de la Bibliothèque nationale de la Diète du Japon, tient en une phrase : Little Daruma envie les possessions de Little Tengu (un esprit ailé du folklore japonais) et part en quête de ce qui lui correspond vraiment.

« Little Daruma is jealous of Little Tengu’s belongings, and seeks to find his own items suited to his way of thinking. » (notice de l’ouvrage, National Diet Library)

Le choix du personnage n’a rien d’anodin. Le daruma existait déjà comme objet votif, dérivé de la légende du moine bouddhiste Bodhidharma. Kako Satoshi lui donne un corps d’enfant et une jalousie, celle qui lance toute la quête. La série se poursuit sur 11 ouvrages en 50 ans, jusque dans les années 2010, sans jamais quitter le même principe : un petit personnage confronté à un défaut ordinaire, résolu par l’observation plutôt que par la morale assénée. C’est ce ressort, plus que le folklore lui-même, qui explique pourquoi Daruma-chan a traversé plusieurs générations de lecteurs japonais sans prendre une ride éditoriale.

Ses œuvres traduites en français, en 3 titres

Aucune traduction française de la série Daruma-chan n’apparaît à ce jour au catalogue de son éditeur hexagonal. Ce que la France connaît de Kako Satoshi vient d’un autre pan de son travail, celui qui met sa formation de chimiste au service des enfants :

  1. Pourquoi une maison ?, album sobre et pédagogique sur la construction et la fonction d’un logement, publié par l’école des loisirs.
  2. Les Pyramides, histoire et science, qui vaut à l’auteur un prix du livre scientifique en 1991 d’après la biographie publiée par l’éditeur français.
  3. Une série d’albums documentaires signés « Kako Satoshi Story Book », qui circulent surtout en bibliothèque, sans réédition récente en librairie.

En France, les librairies classent Kako Satoshi au rayon documentaire scientifique. Le lecteur qui cherche Little Daruma tombe sur des pyramides égyptiennes à la place.

5 dates pour situer l’œuvre

5 dates pour situer l'œuvre

Un tableau vaut parfois mieux qu’une chronologie racontée. 5 jalons suffisent à mesurer l’écart entre le nombre de titres publiés au Japon et le mince filet qui a traversé jusqu’aux rayons français.

Kako Satoshi, principales publications et jalons
Titre Année Éditeur Repère
My Mother 1953 Cartes de kamishibai Premières planches publiées
Darumachan to Tenguchan 1967 Fukuinkan Shoten Naissance de la série Little Daruma
Karasu no pan’ya san (Mr. Crow’s Bakery) 1973 Kaiseisha Un des titres les plus réédités au Japon
Les Pyramides, histoire et science 1991 École des loisirs (édition française) Prix du livre scientifique
To the Little Darumas of the Future 2014 Autobiographie Kako Satoshi a 88 ans

Pas un mangaka comme un autre

Le réflexe consiste à ranger tout dessinateur japonais sous l’étiquette mangaka. Kako Satoshi travaille dans une autre tradition : celle de l’ehon (l’album illustré japonais, format proche du livre pour enfants occidental), loin des séries en cases publiées en magazine. La distinction compte pour situer son travail : la signature reste seule, ni scénario feuilletonnant ni studio de production derrière elle. Un auteur écrit et illustre ses sujets : la construction d’une maison, la jalousie enfantine d’un petit personnage rouge. Cette rigueur d’ancien scientifique explique la longévité de la série Daruma-chan, 11 tomes sur 50 ans sans essoufflement visible.

L’exposition de Yokohama, en 2026

Le musée de littérature moderne de Kanagawa, à Yokohama, consacre une exposition à Kako Satoshi du 25 juillet au 23 septembre 2026, d’après Nippon.com. L’entrée coûte 800 yens pour un adulte, 400 yens à partir de 65 ans ou en dessous de 20 ans, 100 yens pour les lycéens ; l’accès reste gratuit pour les collégiens et les plus jeunes. 2 albums posthumes, Autumn et Papo the Jellyfish, continuent de paraître des années après sa mort. 8 ans après sa disparition, ses albums jeunesse d’un pays lointain occupent encore les cimaises d’un musée national.

La prochaine fois qu’un daruma rouge s’installe sur une étagère de salon, souvenez-vous qu’il a eu un dessinateur précis et une date : 1967, Fukuinkan Shoten, un ancien chimiste qui racontait des histoires le week-end à Kawasaki. Empruntez Pourquoi une maison ? en médiathèque pour un premier contact avec son travail traduit. Ou notez les dates du 25 juillet au 23 septembre 2026 si un séjour à Yokohama se prépare.

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