Le daruma japonais : de Takasaki au bûcher de janvier, le cycle d’une année

daruma japonais symbole

Que fait-on d’un daruma japonais dont le vœu s’est réalisé ou dont l’année s’achève ? On le rapporte au temple. À Takasaki, dans la préfecture de Gunma, Shorinzan Daruma-ji reçoit les daruma de l’année et les brûle lors du daruma kuyō, une cérémonie de remerciement dont l’édition principale a lieu le 15 janvier, quelques jours après le marché des 6 et 7 janvier où l’on en achète de nouveaux.

Le daruma est une figurine de papier mâché au fond arrondi, inspirée du moine Bodhidharma. On l’achète les yeux vides pour y attacher un vœu. Il symbolise la persévérance : couché, il se relève. Le temple de Takasaki publie son calendrier avec les tarifs. De l’achat à la crémation, le cycle d’une année s’y lit en quelques dates.

Shorinzan à Takasaki : de la statue de 1680 au daruma de papier mâché

Takasaki est le principal producteur de daruma du Japon. On dit que le temple Shorinzan Daruma-ji, au 296 du quartier de Hanataka, est leur lieu d’origine, d’après le guide culturel de la Nippon Communications Foundation (nippon.com) (page d’octobre 2025). Le temple va plus loin : il se dit berceau de l’engi daruma, la figurine porte-bonheur. Les pages historiques de son site (daruma.or.jp, consultées en octobre 2026) alignent des dates précises.

  • 1680 : l’ascète Ichiryō Koji sculpte une statue de Bodhidharma dans un grand tronc que la crue de la rivière Usui avait charrié et que les villageois de Hanataka avaient déposé dans leur chapelle de Kannon.
  • 1697 : Sakai Tadataka, seigneur du château d’Umayabashi (l’actuelle Maebashi), fonde le temple et en fait honorer comme fondateur le moine chinois Tōkō Shin’etsu, mort 2 ans plus tôt. Rattaché alors à l’école Sōtō, il relève aujourd’hui de l’école Ōbaku.
  • 1726 : la maison Tokugawa de Mito accorde au temple son emblème aux 3 feuilles de mauve et en fait un lieu de prière perpétuel.
  • 1783 : l’éruption du mont Asama et d’autres catastrophes déclenchent la famine de l’ère Tenmei (1781-1789). Pour secourir les paysans, le neuvième abbé, Tōgaku, grave un moule en bois d’après un portrait de Bodhidharma peint par Shin’etsu et enseigne le papier mâché à Yamagata Tomogorō, du village de Toyooka.
  • 1934 : l’architecte Bruno Taut, né en 1880 à Königsberg et exilé du nazisme, s’installe dans le pavillon Senshin-tei du domaine pour 100 jours prévus. Il y restera 2 ans et 3 mois.

D’après le temple, le daruma en papier mâché date donc de la fin du XVIIIe siècle, près d’un siècle après la fondation. Les premiers se vendaient lors de la grande fête de Nanakusa, en janvier, celle qui donne aujourd’hui le marché des 6 et 7.

9 ans face au mur : la légende et la réponse du temple

Pourquoi le daruma n’a-t-il ni bras ni jambes ? La légende veut que Bodhidharma ait médité 9 ans face à un mur jusqu’à perdre l’usage de ses membres. Le temple de Takasaki écarte cette lecture dans sa foire aux questions : le daruma a des bras et des jambes, cachés sous la robe rouge dont le moine se couvrait la tête pour méditer. Cette robe explique aussi la couleur de la figurine.

Le fond arrondi et lesté la relève chaque fois qu’on la couche, ce qu’on rapproche de l’expression nanakorobi yaoki (七転び八起き) : tomber sept fois, se relever huit. Cette figure de la persévérance a aussi inspiré des livres illustrés, avec les Little Daruma de Kako Satoshi. Le visage de l’engi daruma suit un code que décrit le temple. Les sourcils dessinent des grues qui se font face, la moustache des tortues. Sur les joues, des vœux comme la sécurité du foyer (kanai anzen) ou la prospérité des affaires (shōbai hanjō) ; sur le ventre, le mot fuku-iri (福入り, « la chance entre »).

Quel œil peindre en premier ?

Celui qui se trouve à votre droite quand vous faites face au daruma, soit l’œil gauche de la figurine. Le site du temple donne la consigne du point de vue de celui qui regarde, nippon.com du point de vue de la figurine : c’est le même œil. On le peint en formulant son vœu. Le second vient un an plus tard si l’année s’est bien passée, soit le jour où le vœu s’exauce.

L’encre et le pinceau font la tradition ; le feutre est devenu courant (nippon.com, 2025). Le temple propose aussi la kaigen (開眼), l’ouverture des yeux : un prêtre pose le premier point, que l’on agrandit chez soi. Pour la place du daruma, il conseille la gauche du kamidana (l’autel shinto domestique) en le regardant ou, à défaut, un endroit situé plus haut que le regard. Sur la même étagère, le chat porte-bonheur Maneki Neko a ses propres légendes d’origine, au nombre de trois.

Couleurs du daruma : le temple ne reconnaît aucune différence de sens

Sur les sites de vente, chaque couleur reçoit son domaine, les études pour l’une et la santé pour l’autre. Le rouge domine, avec quelques exemplaires jaunes ou blancs. Shorinzan Daruma-ji tranche dans sa foire aux questions :

« Il n’y a pas de différence de sens entre les couleurs. » (site de Shorinzan Daruma-ji, traduction libre)

Les tables de correspondance des boutiques sont des conventions commerciales que le temple ne reconnaît pas. Le sens vient du vœu et de l’œil peint.

6 et 7 janvier : une nuit de marché à Shorinzan

Le 6 janvier à 14 heures, le temple célèbre une prière de sécurité. Le 7 à 2 heures du matin suit la grande prière des étoiles. Entre les deux, le marché du daruma-ichi (Nanakusa Taisai) tient ses étals dans l’enceinte : selon le guide touristique officiel de Gunma (fiche de décembre 2020), l’événement commence le soir du 6 janvier et dure jusqu’au matin, avec des milliers de visiteurs chaque année. Le temple annonçait pour l’édition 2026 environ 30 camions de cuisine derrière le hall. Le 22 septembre 2026, il a publié les conditions d’inscription des exposants de l’édition 2027.

Les rendez-vous de Shorinzan Daruma-ji liés au daruma (calendrier annuel du temple)
Date Cérémonie Lien avec le daruma
6 et 7 janvier Marché Nanakusa Taisai ; prière de sécurité le 6 à 14 h, prière des étoiles le 7 à 2 h Achat des daruma neufs aux étals
15 janvier, 11 h Office de crémation derrière le hall principal Cérémonie la plus importante de l’année pour les anciens daruma
5 octobre Daruma-matsuri : office à Bodhidharma à 11 h, office des êtres affamés à 13 h, libération d’animaux vers 15 h (programme 2026) Le temple retient le 5 octobre comme jour de naissance et de mort de Bodhidharma, d’après une légende
Dimanche avant le solstice d’hiver Grand nettoyage de fin d’année Office pour tous les daruma déposés dans le hall principal

Depuis la gare JR de Takasaki, le bus Gururin de la ligne Shorinzan (sortie ouest, quai 1) met environ 30 minutes jusqu’à l’arrêt « Shorinzan-iriguchi » et le taxi 20 minutes. Depuis la gare de Gunma-Yawata, le taxi met 5 minutes et la marche environ 20. Le dernier tronçon se fait par un escalier d’environ 200 marches. Pour les personnes qui ne peuvent pas les monter, le temple assure parfois un transport en voiture sur demande, sauf en janvier.

Ofuda, kaigen et atelier de peinture : ce que vend le temple

Au temple, le daruma reçoit un ofuda (talisman en papier) et s’accompagne d’un certificat de vœu : les artisans du voisinage le fabriquent, le temple le bénit. La boutique « Daru-daru » du domaine ouvre de 10 heures à 16 heures et le hall des daruma (Daruma-dō) de 9 heures à 17 heures. Un daruma acheté ailleurs peut recevoir la kaigen ; sans certificat du temple, 1 000 yens de prière s’ajoutent à l’offrande libre.

L’atelier de peinture, sans réservation pour une personne, propose un daruma de 12 cm (1 maru dans le vocabulaire du temple) à 1 500 yens ou de 15 cm à 2 000 yens, taxes comprises, pour environ 30 minutes de travail. Ces tarifs viennent du site du temple, dont les pages datent d’octobre et novembre 2020 : on les reconfirme avant le voyage.

À l’achat, vérifiez que les deux yeux sont vierges. Un daruma déjà peint n’a plus de vœu à porter.

Le 15 janvier, le feu : où déposer son daruma après un an

Le dépôt se fait au guichet situé entre le hall principal et le hall des daruma, tous les jours de 9 heures à 17 heures, d’après la page du temple consacrée au kuyō. L’offrande n’a pas de montant fixé. On reprend les sacs et les boîtes. Le temple accepte les daruma ainsi que les ofuda et omamori (amulettes) ; pour ces dernières, il recommande de les rendre d’abord au sanctuaire d’où elles viennent. Il refuse les poupées comme les décorations du Nouvel An. Les envois postaux se traitent sur demande préalable.

La cérémonie la plus grande se tient le 15 janvier à 11 heures. De plus petites suivent plusieurs fois par an, à des dates irrégulières. Avant le solstice d’hiver, le grand nettoyage de fin d’année donne lieu à un office pour tous les daruma déposés au temple.