Le manque de préparation gâche plus de voyages au Japon que les typhons eux-mêmes. Billet de Shinkansen non remboursé, itinéraire « Japon en 10 jours » trop serré pour absorber une journée perdue, assurance qui ne couvre pas les intempéries : ce sont ces détails-là qui transforment une tempête de quelques heures en catastrophe de vacances. La saison des typhons court officiellement de juin à octobre, avec un pic entre mi-août et début octobre. Sur la moyenne de 25 typhons qui se forment chaque année dans le Pacifique nord-ouest entre 1991 et 2020, trois seulement traversent directement l’archipel japonais, d’après les données de l’agence météorologique japonaise (JMA).
Quand tombe la saison des typhons japonais
Août concentre le plus de formations de cyclones tropicaux dans les eaux japonaises, principalement autour de l’archipel d’Okinawa. Septembre, souvent présenté comme le mois des typhons, n’arrive qu’en deuxième position pour la fréquence de formation. Il reste toutefois le mois où les trajectoires passent le plus souvent directement sur l’archipel (données JMA compilées par Kanpai, 2025). Certaines années, comme 2020, aucun typhon majeur ne touche le pays. D’autres, plusieurs se succèdent en 15 jours.
Le calendrier météo complet du Japon détaille les pics de fréquentation touristique, avril en tête avec 3,9 millions de visiteurs en un seul mois en 2025. La question typhon, elle, ne concerne jamais la saison des cerisiers ni celle des érables d’automne. Un voyage calé sur juillet-août croise donc mécaniquement la période à risque, sans qu’un typhon soit garanti. La probabilité qu’une tempête coupe deux ou trois jours d’un séjour de deux semaines reste faible, sans être négligeable, d’où l’intérêt de savoir lire l’alerte avant de partir.
Lire l’alerte : l’échelle JMA et les bons outils
Le Japon ne classe pas ses typhons par catégories de 1 à 5 comme les ouragans atlantiques. La JMA distingue trois niveaux selon la vitesse moyenne du vent sur 10 minutes, avec un seuil précis pour chaque palier. Chaque système reçoit aussi un numéro d’ordre dans l’année, du type « typhon n°10 », repris tel quel par les médias et les applications météo japonaises.
Typhon fort : 118-156 km/h. Typhon très fort : 157-193 km/h. Typhon violent : 194 km/h et plus (classification JMA, vitesse moyenne du vent sur 10 minutes).
Deux applications suffisent pour suivre une alerte sans lire le japonais. Safety Tips pousse des notifications météo et sismiques traduites en plusieurs langues. Japan Shelter Guide localise le centre d’évacuation le plus proche. Le site de la JMA publie la trajectoire prévisionnelle jusqu’à 5 jours à l’avance, actualisée toutes les 3 heures une fois le typhon repéré.
Le jour J : l’arrêt planifié qui protège les voyageurs
Le keikaku unkyu (計画運休), littéralement « arrêt planifié », désigne la suspension anticipée des trains décidée par les compagnies ferroviaires avant même que le typhon touche terre. La pratique s’est généralisée après le typhon Jebi, qui avait isolé l’aéroport du Kansai plusieurs jours en septembre 2018. JR et les opérateurs ferroviaires privés annoncent désormais 24 à 48 heures à l’avance les lignes et créneaux horaires concernés, avec le nom exact des trains suspendus.
Le Shinkansen applique des restrictions de vitesse ou des suspensions plus tôt que les lignes locales, par prudence sur les portions en hauteur ou près du littoral. Le trafic reprend dans les heures qui suivent le passage du typhon, une fois les rails inspectés. C’est cette anticipation, plus que la tempête elle-même, qui doit dicter le comportement du voyageur : consulter l’annonce de keikaku unkyu la veille et replanifier avant l’heure de suspension. Le quai ferme par anticipation, bien avant que la tempête n’atteigne la gare.
Le comportement à adopter avant, pendant et après
Trois séquences suffisent à traverser un typhon sans perdre plus qu’une journée de visite.
- Avant (24-48h) : consulter Safety Tips ou le site de la JMA, vérifier si un keikaku unkyu est annoncé sur les lignes de son itinéraire, faire une réserve d’eau et de nourriture dans un konbini (FamilyMart, Lawson, 7-Eleven restent ouverts jusqu’au dernier moment dans la plupart des cas).
- Pendant : rester à l’intérieur, éviter les sous-sols commerciaux et les berges de rivière, décaler les visites extérieures vers un musée, un onsen couvert ou un centre commercial.
- Après : attendre la confirmation officielle de reprise avant de sortir, vérifier l’état du transporteur choisi sur son site avant de se présenter à la gare ou à l’aéroport.
Un typhon touche un point donné du territoire pendant quelques heures, rarement plus. Le Japon ne s’arrête pas pendant des jours entiers : les infrastructures sont conçues pour encaisser des vents et des pluies que peu d’autres pays subissent chaque année.

Trains et vols : ce qui est remboursé
La règle change selon le mode de transport et selon qui a pris la décision d’annuler.
| Transport | Ce qui se passe | Remboursement |
|---|---|---|
| Shinkansen / JR | Suspension confirmée (keikaku unkyu ou arrêt en cours de trajet) | Remboursement intégral en espèces à tout guichet JR, sur présentation du billet, sous 1 an |
| JR Pass / billet réservé, hors annulation JR | Changement de trajet à l’initiative du voyageur | 90% remboursé 2 jours avant le départ, 50% la veille ou le jour même |
| Vols domestiques (ANA, JAL) | Vol annulé par la compagnie pour cause météo | Report gratuit ou remboursement, souvent classé circonstances extraordinaires, ce qui limite l’indemnisation complémentaire |
| Bus longue distance | Ligne suspendue par l’opérateur | Remboursement variable selon la compagnie, à vérifier au moment de la réservation |
Le remboursement s’applique quand la compagnie annule, rarement quand le voyageur choisit d’annuler par précaution avant toute annonce officielle. D’où l’intérêt de patienter jusqu’au keikaku unkyu plutôt que d’annuler soi-même 3 jours à l’avance sur une simple prévision.
Hébergement et assurance : anticiper le pépin
Les politiques d’annulation des ryokan et hôtels japonais varient d’un établissement à l’autre, sans règle nationale uniforme comme pour les trains. Certains proposent un report gratuit en cas de typhon confirmé sur leur préfecture. D’autres appliquent leurs conditions standards, même en cas de typhon avéré. Vérifier la clause catastrophe naturelle ou force majeure dans les conditions de réservation avant de payer plutôt qu’une fois sur place.
Côté assurance voyage, toutes les polices ne couvrent pas les typhons de la même façon. Certains contrats intègrent les nuits d’hôtel supplémentaires imposées par un aéroport fermé. D’autres se limitent au remboursement du billet non utilisé. Souscrire au moment de la réservation du séjour garantit la couverture dès qu’un typhon est annoncé sur la trajectoire du voyage. Une souscription tardive, la veille du départ, arrive souvent après l’annonce et exclut le typhon en cours des garanties.
Faut-il annuler son voyage ?
Rester chez soi en attendant que ça passe est un conseil correct. Connaître le keikaku unkyu 24 à 48 heures à l’avance permet de replanifier sans stress, plutôt que de découvrir la suspension sur le quai au moment de partir. Un typhon qui coïncide avec 2 jours d’un séjour de 3 semaines se traite en décalant deux visites. Le même typhon sur un city-trip de 5 jours à Tokyo mérite une vraie discussion avec l’assureur avant le départ.
Pour un itinéraire concentré sur une seule région (Kansai ou Kyushu par exemple), le risque se limite à la fenêtre du keikaku unkyu local. Pour un tour du Japon en Shinkansen sur 3 semaines, la probabilité de croiser au moins une suspension partielle grimpe avec chaque préfecture traversée pendant le pic août-octobre. Un typhon en pleine saison sismique n’a rien d’exceptionnel au Japon : notre guide séisme complète celui-ci pour les réflexes à connaître face aux autres risques naturels de l’archipel.
Le point à vérifier avant de signer : la police doit couvrir explicitement l’annulation et les frais liés à un typhon, pas seulement les catastrophes naturelles au sens large.